Wednesday, February 13, 2013

Chapitre 1: La depression

Je suis comme un volcan eteint. Je ne fais plus peur. Je ne crie plus. Je ne crache plus. Je suis comme morte, oubliee, delaissee.
Chaque jour qui passe est un jour comme les autres: je me leve, je me bouge, je travaille, je rentre, je mange, je dors. Je parle des fois mais je ne sais meme pas ce que je dis. Je ris parfois mais je ne le sens pas dans mon corps. J'ai perdu gout aux belles choses, aux bonnes choses. Je ne veux plus de rien. J'aurais ete courageuse, je me serais suicidee: quelques comprimes avales et j'en finirais. Mais j'ai peur du noir. Pire que le noir, j'ai peur de DIEU. Que vais je lui repondre si il me demande pourquoi je me suis suicidee? Va-t-il me rire au nez si je lui repondais que c'etait a cause d'un garcon, d'un homme plutot? Ou se mettrait Il en colere face a ma stupidite? De toutes les facons, je ne peux ni ne veux me tuer. Je veux juste sombrer de plus en plus dans ma depression et ne plus en sortir. Je veux m'accrocher a mon chagrin comme une boue de sauvetage. Il me tient compagnie. Je le nourris de crises de pleurs, de crises de colere silencieuses, de pains, de fromage, de beurre car rien ne me fais plus plaisir qu'un pain beurre au fromage quand j'ai mal. Certains aiment les gateaux, d'autres le chocolat ou meme le vin, moi je noie mon changrin avec des pains beurres au fromage. Je vis ma depression seule et plus mon ventre s'arrondit et plus j'ai mal. Mais je souffre en silence.
Il est facile de souffrir en silence quand on a personne qui s'inquiete de vous. Mais malheureusement ce n'etait pas mon cas. J'avais une Mere, un Pere, des Freres, des Soeurs, des Amies qui se melaient de tout et de rien. Ceux sont ces personnes qui frappent a ma porte alors que je voulais rester dans ma chambre. Les memes encore qui entrent dans ma chambre sans attendre que je les invite. Ils me tirent du lit et me poussent a sortir. Ils m'empechent de devorer encore plus de pains beurres au fromage et me forcent a aller courir sur la VDN. Ils sont chiants; ils m'emmerdent; ils m'empechent de vivre ma depression. J'ai beau protester mais rien n'y fait. Ils ne me laisseront jamais seule dans ma souffrance. Il faut dire que c'est de ma faute. J'ai prefere etre ouverte dans ma relation avec cet homme. Tout le monde le connaissait dans mon entourage. Je n'ai jamais cache mon amour en son egard. De plus j'ai avoue mes attentes a toute oreille ouverte. Et a present que tout etait fini, je ne pouvais pas esperer souffrir en silence. Cet homme ne m'avait pas seulement trahi; je l'ai aide a tromper ma famille et mes amies aussi.
Mon portable sonne et me tire de ma debaucherie.
-Allo!
Une voix roque et plutot forte m'ouvre les yeux
-Khadi! Ne me dis pas que tu es encore couchee!
- Qu'est ce que tu veux Aicha?
- Qu'e...Qu'est ce que je veux? Bou ma fonte de Xalebi! Tu as vu l'heure? Il est 16h presque et tu es encore couchee?
Je me redresse sur mon lit car je sentais que cette conversation allait etre longue, puis j'ajoute:
- Il est 15h45. Et alors?
-Et alors? crie Aicha. Et alors? On est samedi le 17 Juillet. Tu es sensee m'accompagner au mariage de la petite soeur de mon beau frere dans moins d'une heure et tu es toujours au lit. Yaboma sakh! Faut il que je vienne te botter les fesses et blah blah blah...
Il faut que vous sachiez quelque chose au sujet de Aicha: depuis le jour ou je l'ai rencontre en 1985, ou elle avait a peine quatre ans elle a menace de me botter les fesses. Elle a failli le faire une ou deux fois mais elle s'est toujours desistee au dernier moment. Il va s'en dire que cette menace ne me fais plus d'effet. Donc j'etais prete a me recoucher en la laissant vociferer ses insultes. Malheureusement, j'avais oublie qu'elle avait des allies dans ma maison en l'occurence ma Maman. Cette derniere ouvre la porte de ma chambre sans crie garde et jette sur le lit une robe que je n'avais jamais vu. Elle prend le telephone, explique a Aicha qu'elle allait elle meme me botter les fesses, raccroche le telephone et me jette un regard qui meme apres 30 ans me glace toujours le corps.
- Tu vas te lever et aller a ce mariage vite fait bien fait ou gares a toi.
Puis elle sort de ma chambre comme si de rien n'etait. Je me leve d'un bond et me dirige vers la salle de bains. Vous savez la difference entre Aicha et ma Mere est que Aicha parles trop et ne fais rien alors que ma Mere parle peu et fait beaucoup. Si elle m'ordonne d'aller a un mariage, depression ou pas, je vais m'executer.
  Je prends une douche rapidement et puis je me mets a me decorer: une touche de fonds de teint par ci, un fard par la, un peu de mascara et rouge a levres et je suis a nouveau presque presentable. Je regarde la robe delaissee sur mon lit et je me demande comment je vais enfiler ce saucisse avec mes kilos en trop. C'est la derniere tendance ces robes qui collent a la peau, qui sont si serrees qu'elles coupent la circulation sanguine sans compter tout le systeme respiratoire. Il n'est pas question que j'enfile ca. J'ouvre mon armoire et vais a la recherche de quelque chose de plus gentil a mon corps endolori. Je fouine et je fouine et je finis par tomber sur une robe babydoll a fleurs. Elle est tellement jolie cette robe, toute simple mais elegante. Elle me rappelle tant de souvenirs aussi, de mauvais souvenirs: une St Valentin ratee, une scene, un scandale, des cris, des coups, des larmes. Tout ca je veux oublier mais je n'ai pas le choix, je ne veux absolument pas mettre la saucisse. Que dis toujours Soxna: on doit souffrir pour etre belle. Idiote! Bah! Je vais souffrir mais pas par vanite. J'enfile la robe babydoll aux mauvais souvenirs. Qui sait si cette reception se passe bien, peut etre que cette robe sera connue comme la robe du mariage de la petite soeur du beau frere de Aicha et non comme la robe de la St Valentin ratee. J'ai juste le temps d'enfiler mes talons aux noeuds a bling rose qu'Aicha entre dans ma chambre. Personne ne frappe plus donc sur cette terre! Elle me regarde de la tete aux pieds ou devrais- je qu'elle me jauge. Puis elle se dirige vers moi tout en enrobant ma chambre d'un parfum cher mais delicat. Elle est habillee de ces robes saucisse que je hais tant mais le sien est au bustier, un bustier qui a du mal a contenir ses nichons. Je fais une priere silencieuse au bon DIEU pour qu'aucun de ses seins ne se pointent lorsqu'elle dansera ce soir. Elle me regarde comme si elle lisait mes pensees et dis:
-T'inquietes! Ils sont colles a la robe, les seins. Ils ne sortiront pas.
Puis elle rigole comme une possedee. J'ai un peu peur de ce rire de sorciere. Puis elle s'arrete net
- Treves de plaisanteries. Elle me pose devant la coiffeuse, pose ma serviette sur mes epaules et se met a faire mes cheveux. Elle me peigne avec une telle violence que j'ai peur d'etre decapitee
- Arretes de gigoter. C'est quand la derniere fois que tu as peignee cette tignasse! Vraiment tu me fais honte parfois.
Je prefere me taire car ma tete faisait deja asse mal comme ca. Au bout d'un quart d'heure ma tignasse devint une vraie Pompadour, enfin une belle tete. Mes cheveux a nouveau tendres retombaient sur mes epaules en cascades. De plus ils scintillaient a la lumiere du Soleil qui penetrait dans ma chambre. Elle avait beau etre chiante, Aicha faisait des miracles de mes cheveux chaque fois que l'envie lui prenait.
- Arrete de t'admirer, pauvre folle. On y va! La voiture nous attend!
Je prie ma pochette, y fourra les essentiels: make up, portable, parfum, argent (on ne sait jamais), mouchoir (les mariages me faisaient toujours pleurer) . Je suis Aicha rapidement en dehors de la maison avant que toute la famille commence a me decortiquer. J'entends deja les sifflements sexistes de mes freres. Je passe devant ma Maman qui me lance un regard intrigue mais je l'embrasse vite sur la joue sans lui laisser le temps de me questionner sur le choix de ma robe. Mon Pere leve le nez de son journal juste une seconde pour me demander de ne pas rentrer trop tard. Heureusement que son regard ne s'est pas trop eternise sur le bustier de Aicha. Il aurait eu un ou deux mots a lui dire. On file dans la voiture mise a la disposition de Aicha par son fiance rien que pour l'occasion en direction du Radisson, ou la reception a lieu. La voiture roule rapidement presque en meme temps qu'Aicha debite un tas d'information sur la ceremonie en question, la mariee, le marie, comment ils se sont rencontres, quand ils ont decide de se marier, qui est invite...bref toutes sortes d'information qui ne m'interessent guere et qui ne me serviront guere dans le futur. A vrai dire, je veux seulement dormir pendant que la voiture roule. Je veux oublier que je me dirige a un mariage. Je veux oublier que cela aurait pu etre moi qu'on celebrait aujourd'hui. Je veux oublier meme son existence. Alas chaque bouchee d'air que j'aspire a son nom gravee dessus. Je fais une deuxieme priere silencieuse au Bon DIEU:
- Faites que je ne pleures pas de tristesse a ce mariage.